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 a taste of bitterness.

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Jessy Stevens
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MessageSujet: a taste of bitterness.   Ven 10 Sep - 20:49

J'ai toujours rêvé d'un Noël blanc. Cette fête autrefois sacrée et religieuse implique indubitablement un tapis de neige, de gros flocons gelés tombant du ciel, des lumières multicolores décorant les rues ainsi que les demeures, une aura de joie et de chaleur. Un sapin merveilleusement odorant installé dans un coin du salon où d'innombrables guirlandes et boules scintillantes y sont accrochées, sans oublier l'étoile ou l'ange à la cime. Parfois une jolie crèche confectionnée à la main avec de petites statuettes de porcelaine à l'effigie de la naissance de l'icône catholique décore le pied de l'arbre alors que d'autres préfèrent y construire un petit village chaleureux où des enfants s'amusent dans la neige et des habitants se promènent en calèche. Et non loin de l'arbre se trouve un feu crépitant dans la cheminée, décorée par des chaussettes de Noël, un pour chaque membre de la famille. Selon la tradition, pendant la nuit du 24 au 25 Décembre, Saint-Nicolas s'engouffre magiquement dans chacune des maisons afin d'offrir des présents aux plus sages. Cependant, cette tradition s'écarte peu à peu alors que les petits enfants deviennent grands. Plus le fameux jour approche, plus le pied du sapin s'engorge de paquets de toute sorte soigneusement emballés de papiers colorés et de rubans de satin, amenant une pointe de frénésie à l'attente. Et lorsque le matin arrive, chacun s'installe sur le tapis du salon, juste à côté de la chaleureuse cheminée, déballant un par un tous les cadeaux. Le reste de la journée, les enfants s'amusent avec leurs nouveaux jouets, les plus grands préparent la maison afin d'accueillir leur famille respective et déguster un délicieux repas. Quelques heures avant l'heure du souper, la visite arrive, apportant des présents aux hôtes, souhaitant un joyeux Noël à tous, embrassant leurs proches. Une nuit magique. J'ai toujours rêvé de vivre un 25 Décembre typiquement américain. Petite, mes parents faisaient leur possible pour m'enthousiasmer de l'arriver de Noël, la venue du fameux barbue bedonnant à la tenue rouge de velours. Ils décoraient la maison de rouge et de vert forêt, confectionnaient un petit sapin artificiel parcouru de lumières vives et ils accrochaient même une grande chaussette rouge sur les rampes de l'escalier identifiée de mon nom. Je me suis longtemps demandée pourquoi il n'y en avait pas trois, une pour chacun d'entre nous. Les premières années, ils respectaient la fameuse tradition, me faisant croire que le Père Noël m'apportait des cadeaux pendant la nuit. Je me suis même déjà levée en pleine nuit afin de l'apercevoir dans le salon, mais mon père m'a rapidement recouché, affirmant qu'il ne viendra pas si je ne dors pas comme une grande fille. Je peux certainement affirmer que mes Noël furent typiquement américains, toutes les traditions proprement dites étaient respectées. Mais il manquait tout de même certains détails qui me laissaient sur ma faim à chaque année. La chaleur que dégage la Californie pendant les mois d'hiver brisait la magie unique que crée les flocons de neige ainsi que la fraîcheur de l'air. J'ai toujours voulu sortir à l'extérieur, emmitouflée sous un grand foulard et une tuque, et m'amuser dans la neige avec mes parents. Cette frénésie me manquait.

- La voilà, marmonna mon père alors que la voiture ralentissait doucement.

Je regarde au travers la vitre du côté passager et aperçois notre nouvelle demeure. Mon visage reste impassible, tendu. La maison apparait devant mes yeux au bout d'un petit chemin creusé dans la neige, ni trop grande, ni trop petite, parfaite pour deux personnes. Elle semble n'avoir rien d'extravagant, une maisonnée normale dans un quartier de banlieue normal. Rien de vraiment différent de la Californie, sauf qu'elle se situe à l'autre extrémité du pays, près d'un autre océan touchant les côtes de l'Amérique, dans une ville inconnue avec des températures bien plus instables de saison en saison. Les murs extérieurs sont tapissés de briques rouges, la porte de couleur blanche contraste au centre et un pignon longe un côté de la maison sous une fenêtre du deuxième étage. Un grand arbre sans feuilles et recouvert de neige s'élève non loin de cette même fenêtre, allant probablement confectionné un dense feuillage le printemps venu. Jolie, même accueillante. Comment expliquer cette indifférence ? Alors que je scrute ma nouvelle maison, mon cœur se contracte, se fane lentement, ne pouvant détourner mes yeux azurs. Un lourd silence pèse soudainement dans le petit habitacle de la voiture, contemplant de mon air appréhensif l'extérieur. Je redoute le moment de rejoindre cette bâtisse, d'y franchir la porte et d'y commencer une nouvelle vie. Toutes choses, aussi banales soient-elles, me semblent insurmontables, même irréalisables. Une partie de moi veut accourir vers cette demeure, impatiente de repartir tout à zéro, sachant et souhaitant au plus profond de mon être que cette décision est la meilleure, que vivre plus longtemps dans le passé me mènera à ma propre perte. Mais un autre côté de moi-même, provenant principalement du niveau de la poitrine, me retient d'avancer, me rend bouleversée et coupable, comme si refaire ma vie ailleurs est une erreur et ne m'apportera que davantage de malheur. Toutes ces contradictions se bousculent furtivement dans ma tête, ce depuis le moment que nous avons franchi la frontière de l'état de New York. Je réussis finalement à décrocher mon regard de mon point de mire et je fermai mes paupières devant mes claires prunelles, chassant du mieux que je pouvais le voile humide qui s'installait peu à peu.

- Jessy ? interpella mon père alors que je sentis une main se déposer délicatement sur mon épaule. Je sursautai légèrement face à se brie du silence et je relevai mon regard vers lui. Son visage m'apparait triste et fatigué, tout comme le mien. Jamais nous nous sommes autant ressemblés physiquement. De larges cernes se dessinent sous ses yeux pâles où le même voile y flotte doucement, ses traits sont tirés et même nerveux alors que son regard exprime toute son appréhension, sa peine. Chaque fois que je pose mon propre regard sur son visage, mon coeur se serre, ressentant la même détresse et sachant qu'il souffre tout autant à l'intérieur même si nous n'en parlons jamais. Mon cher papa... Ça va aller ? continua-t-il d'un air interrogateur et inquiet. Après un instant d'hésitation, un léger sourire crispé et forcé se dessina sur mes lèvres alors que je hoche lentement de la tête. Le moment est arrivé. Il fallait à présent affronter l'avenir, notre futur et se construire un petit nid afin de surmonter vents et marées. Seuls, Luke et Jessy Stevens devront faire face à un nouveau départ ici, à New York.

Après un échange mutuel d'un sourire tendu, je mis finalement le pied dehors, sur le tapis de neige qui recouvre déjà le sol. Les flocons tombent mollement du ciel, comme d'innombrables petites boules de coton, s'emprisonnant dans ma chevelure brunâtre. Je voulais observer un moment ce spectacle, cette scène dont j'ai toujours rêvé étant petite. Un Noël blanc. Tout y est, la fraîcheur, les maisons illuminées de couleurs, les gros flocons de neige. Mais jamais je n'aurais cru que ma première vision de la neige me rendrait aussi maussade, aussi triste. Voyant pour la toute première fois un véritable hiver comme dans les contes, je sens un vide absolu se creuser douloureusement une place au plus profond de mon cœur, une cavité béante s'élargit dangereusement sous ma cage thoracique et mon rêve se brise tel des éclats de verre. Tout est tellement si différent, rien n'est comme je ne l'aurais souhaité. Tout est pire. La neige me glace les doigts, le vent me pince la peau, l'air frais me perfore les poumons, me faisant souffrir de l'intérieur. Et je sais, malgré toutes ces perceptions physiques, que cette douleur n'est que ma détresse, cette tristesse qui me lacère inlassablement l'être depuis plus d'un mois, elle est devenue si forte qu'elle m'affecte au-delà du psychologique. Je ne possède à présent plus cette détermination de faire face à mon mal et souhaite simplement guérir, oublier. Fatiguée. Je suis tout simplement épuisée par la douleur... Ne pouvant supporter plus longtemps cette froideur perçante ainsi que mes pensées si lourdes, je relevai les yeux vers la maison et aperçus mon père sur le balcon, près à déverrouiller la porte. Avançant un pied vers l'avant, je marchai en sa direction afin de l'accompagner dans la découverte de cette antre qui sera le notre. J'eus à peine le temps de monter les trois petites marches du perron que déjà l'intérieur s'offrait à moi. Mes jambes devinrent aussitôt fragiles et même engourdies alors que je les obligeait à poursuivre l'avancée afin de franchir l'embrasure. Une réticence quelconque m'empêchait d'avancer normalement, légèrement, comme si un fil invisible me retenait par l'arrière. Et plus je m'approchais de l'intérieur, plus cette résistance s'intensifiait, plus mes jambes faiblissaient. Sourde et même quelque peu aveugle, mon corps franchit finalement le seuil de la porte, me plongeant dans un monde qui n'est pas le mien. Je déglutis difficilement avant de poursuivre mon avancée au travers des pièces vides de la demeure new-yorkaise. Je parcourus tel un zombie le salon, la cuisine ainsi que la salle à manger pour finalement revenir à mon point de départ où un escalier s'élevait vers le deuxième étage. Instinctivement, ne ressentant qu'un immense vide d'esprit, mes jambes engagèrent l'ascension vers les pièces tout aussi désertiques du second niveau. Deux chambres et une salle de bain. J'entrai dans la première chambre qui s'offrait à ma droite et fus automatiquement attirée vers la fenêtre. La rue se trouve tout juste devant et des branches du gros arbre à l'avant peuvent également être aperçus. Je ne ressens nullement le besoin de bouger, je désire simplement rester poster devant le carreau à contempler les incalculables flocons de neige flotter doucement dans les airs, m'imprégnant de ce spectacle. Ce spectacle que je crus, il y a à peine quelques mois, me rendra sereine et en paix, mais qui ne provoque qu'une lourde et crucifiante douleur en moi. 25 Décembre. Mon père et moi mettons pour la première fois les pieds sur le territoire est des États-Unis, visitons notre futur maison et tentons de nous réconforter de notre peine. Mon désarroi s'alourdit au lieu de s'apaiser, ma tête s'engorge davantage de ses pensées noires qui me rongent de l'intérieur, mon cœur s'émiette peu à peu sans que j'aille la chance de recueillir le moindre morceau. Nous sommes-nous trompés en prenant la décision de quitter Davis ? Créons-nous davantage de tristesse en nous ? Seul le temps pourra nous éclairer alors que pour le moment nous sommes au plus bas de notre moral, au plus profond de notre misère. Une douloureuse attente se présente devant nous.

Joyeux Noël blanc.

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